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COMMUNIQUE DE PRESSE

Contribution à l'enquête publique dans le bassin de la Sèvre Niortaise

29.03.2017

 

 

Document déposé lors de l'enquête publique concernant les 19 réserves de substitution dans le bassin de la Sèvre Niortaise.

 

L'eau : une ressource naturelle mais limitée en Poitou-Charentes !

 

En 1970 déjà, des études prévisionnelles concernant l'agriculture mettaient en garde, mais ça n'a pas suffit pour raisonner juste, comme le prouve l'évolution des surfaces irriguées.

 

Le maïs qui représentait 65 % des surfaces irriguées en 1985, en couvre aujourd'hui plus de 80 %. Un phénomène qui aggrave l'incidence sur les quantités d'eau utilisées, puisque le maïs reçoit en moyenne 2200 m³ d'eau par ha et par an de juin à fin août, soit 3 à 4 fois plus que du tournesol, du blé ou même du pois par exemple, à une période de l'année où il ne pleut guère.

 

 

Réserves de substitution: de quoi s'agit-il ?

 

Aujourd'hui,la construction de réserves de substitution se prépare dans des projets de grande ampleur, puisqu'il s'agit de millions de m³ d'eau qui seraient stockés l' hiver pour être utilisés l'été.

L'idée n'est pas sotte, pas neuve non plus. Avant on construisait des barrages, on faisait inonder un tronçon de vallée, avec toutes les conséquences que cela a sur la vie du cours d'eau: sur son débit, sur son équilibre biologique.

 

Attention, il est hors de question de rentabiliser un tel investissement avec la production de maïs qu'il permettra. Le coût de la bassine est supérieur à la valeur même des terres qu'elle permettra d' irriguer ! Ce type de projet ne tient la route qu'à la condition d'être subventionné à 80 % au moins d'argent public, essentiellement par les Agences de l'Eau. En subventionnant ces bassines, les Agences de l'Eau permettent de maintenir un modèle agricole (la monoculture de maïs) qui dégrade la qualité de l'eau alors que c'est la vocation première de ces agences. Est-ce cela la compétitivité de l'agriculture ?

Ces réserves constituent un privilège pour les bénéficiaires, puisque ceux-ci contrairement aux autres irrigants, ne seraient plus soumis aux restrictions éventuelles.

 

Stocker de l'eau : pour en faire quoi ?

 

Pour le bassin de la Sèvre Niortaise, le stockage prévu c'est 8,7 millions de m³, soit la moitié des 16 millions de m³ prélevé chaque année pour l'irrigation sur ce bassin. Selon la PAC* en 2007, 9150 ha sont irrigués sur ce périmètre soit tout juste 6 % de la SAU* . Donc un tel investissement de plus de 60 millions d'euros permettrait de sécuriser que 3 % de l'agriculture de ce territoire. Qu'est-ce qu'on fait pour les 97 % restant ? Il faut juste trouver près de 2 milliards d' euros !

Les promoteurs de ce projet nous parle de soutenir l'élevage qui, il est vrai , est en grande difficulté. Mais quand on y regarde de plus près, sur les 9150 ha irrigués en 2007, les 2/3 sont du maïs grain gourmand en eau et à faible valeur ajoutée et faiblement créateur d'emplois.

Ce projet concernerait 214 irrigants sur ce bassin qui compte près de 2000 agriculteurs soit 10 %.

 

Construisons des bassines, et après ?

 

Si demain on accepte ses retenues, on sanctuarise les terres qui sont autour. On maintient, voir on encourage, la monoculture de maïs pourtant largement décriée pour ses effets néfastes pour l'environnement. Ce n'est pas le maïs qui pose problème, mais bien la manière de le cultiver. Cette plante tropicale n'est pas forcément dans son climat de prédilection en Poitou-Charentes. Pour autant, il peut s'adapter avec un minimum d'agronomie (rotation…). Dans ce cas, il sera cultivé en monoculture. La monoculture,c'est un appauvrissement des sols en matière organique, ce sont des sols nus l'hiver avec des risques de lessivage des éléments minéraux (nitrate,…) des pesticides. De plus, en stockant de grand volume d'eau au même endroit, les terres qui sont autour vont bénéficier d'une grosse plus-value au profit des heureux propriétaires.

Si demain on accepte ses retenues, que se passe-t-il pour la qualité de l'eau ?

Le cycle de l'eau ! Une grande partie de l'eau de pluie est retenue au niveau du sol, elle permet l'alimentation hydrique des plantes. Lorsque le sol est saturé, le surplus d'eau s'infiltre en profondeur pour alimenter les nappes ou s'écoule jusqu'à l'océan. Cette eau entraîne les éléments solubles contenus dans le sol. C'est le cas des pesticides et des nitrates en particulier. Arrivée à l'océan, cette eau chargée en nitrate et pesticides ne sera pas sans conséquence pour l'activité conchylicole du littoral.

L'irrigation a des effets directs sur la qualité de l'eau et des sols. Cette observation est d'autant plus évidente que les surfaces irriguées concernent le maïs en monoculture le plus souvent ; le sol nu pendant l'hiver occasionne des fuites de nitrates. L'irrigation en continu d'une même parcelle tous les ans conduit à la baisse du taux de matière organique du sol, donc à une fragilisation de la vie du sol, et un appauvrissement de celui-ci.

 

Si l'irrigation ne concernait que les productions pour lesquelles elle est rentable en elle même, du point de vue économique mais aussi du point de vue de l'emploi, les ressources en eau seraient suffisantes. C'est à dire irriguer essentiellement des productions à forte valeur ajoutée telles que les cultures maraîchères, les productions de semences, les cultures spécialisées de plein champs, le fourrage des animaux… qui sont aussi des productions créatrices d'emploi, et non pas maïs grain pour nourrir les élevages industriels, prédateurs d'emploi paysans, à coups de subventions. L'irrigation doit être utilisée pour assurer une récolte, pas pour spéculer sur des primes.

La création de 19 réserves, c'est plus de 200 ha de terre artificialisée ; 200 ha, c'est aussi la surface de cultures maraîchères et spécialisées irriguée sur ce bassin !

 

L'économie et l'emploi !

 

Les promoteurs de ces réserves nous parlent de développement économique , d'emplois directs et induits. Mais que représente l'économie du maïs grains comparé à l'économie et l'emploi de la conchyliculture menacée par cette agriculture industrielle ? Parce que, contrairement à ce que l'on peut entendre, l'eau qui va à la mer n'est pas perdue. L'eau douce qui arrive à la mer permet justement toute l'activité conchylicole. En 2012, la conchyliculture représentait près de 6300 emplois et 290 millions d'euros de chiffre d'affaire. Les huîtres et les moules de Poitou-Charentes font la renommée et l'attractivité touristique de la région. Le tourisme, c'est près de 37000 emplois et 2,8 milliards d'€ de chiffre d'affaire.

 

Et le citoyen-contribuable, il en dit quoi ?

 

Le modèle de production, encourager par ce type de projet, est à bout de souffle. Les crises agricoles à répétition qui mettent les paysans en grande difficulté économique et psychologique ne font que mettre en évidence ce fait. Ce modèle de production n'est plus soutenable.

Chaque citoyen verse chaque année 100€ pour financer la PAC* censée soutenir l'agriculture française, auquel il faut ajouter les différents soutiens en période de crise.

Pour chaque m³ d'eau qu'il consomme, il contribue, via les taxes, au budget des Agence de l'eau. Cela lui donne un droit de regard sur l'agriculture.

Aujourd'hui, nombres d'associations de consommateurs réagissent à ce modèle agricole. Les citoyens n'acceptent plus cette agriculture productiviste. Dernièrement, un maire en Charente a pris un arrêté pour interdire les épandages de pesticides à moins de 50 mètres des habitations. A tord ou à raison, ce n'est pas le sujet, mais cela montre une pression sociale vis à vis de ce modèle agricole.

Il y a quelques mois, le CESE (Conseil Économique, Social et Environnemental) a rendu un rapport sur l'agro-écologie, qui propose une autre approche de l'agriculture, qui a été voté à une très large majorité. Ce projet de réserves de substitution est à des années lumières de l'agro-écologie.

 

Pour une répartition équitable de la ressource en eau dans la société !

 

La ressource en eau disponible est limitée et fluctuante selon les années. Cette eau n'appartient à personne, elle est un bien commun. Son accès ne doit pas être réservé à quelques privilégiés, ce qui veut dire que la gestion de l'eau disponible doit être rigoureusement revue sur la base de quelques principes :

 

-Faire régulièrement une évaluation de la disponibilité.

 

-Considérer que l'accès à l'eau doit se faire sur des bases équitables, à savoir, égalité de droit à l'utilisation et non sur des références acquises.

 

-Répartir la ressource par exploitation demandeuse ; plafonnement par exploitation et par actif en fonction de la disponibilité. Parce que le dispositif actuel des bassines exclu toute possibilité d'irrigation pour des agriculteurs environnants. Ce sont des financements publics pour des intérêts privés.

 

-Des réserves de substitution peuvent être construites, individuelles ou collectives, si les utilisateurs les estiment rentables au regard de leurs choix de productions, mais sans subventions.

 

Tout problème peut avoir une solution, mais l'intérêt collectif est autre chose qu'une addition d'intérêts particuliers. La construction de réserves de substitution est une bien mauvaise réponse faite aux vrais enjeux auxquels nous avons à faire face et aux défis à relever que sont :

-fournir une alimentation saine et en quantité suffisante,

-s'adapter durablement au changement climatique,

-préserver les ressources naturelles,

-préserver et répartir équitablement une eau de qualité

-créer des emplois nombreux en milieu rural avec une économie agricole vertueuse.

 

 

Pour toutes ces raisons, la Confédération Paysanne de la Vienne exprime son opposition à ce projet et vous prie de rendre un avis défavorable.

 

 

Pour le comité départemental,

Nicolas Fortin, Porte-parole de la Confédération Paysanne de la Vienne.

 

 

 

 

 


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